La Blockchain : un effet de mode ou une réalité ?

La Blockchain : un effet de mode ou une réalité ?

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Vaste sujet que la Blockchain ! Depuis quelques mois, nous sommes inondés d’articles, de dossiers, de conférences et autres webinars sur le sujet, en France mais également hors de nos frontières. Les statistiques de recherche sur Google parlent d’elles même : sur une échelle de 0 à 100, 100 étant la plus grande quantité de recherche d’un terme, Blockchain obtient 90 pour le mois de mars 2016.

J’ai cependant remarqué que malgré cette abondance de littérature sur le sujet, nombreux ceux qui n’arrivent pas à s’imprégner du sujet, de par son caractère très technique. Je me suis donc lancé le défi  de vulgariser ce sujet en partant des usages apportés par la Blockchain. C’est là l’essence du métier de consultant en transformation digitale : identifier pour nos clients les usages portés par de nouvelles technologies. La Blockchain est-elle un effet de mode ou une tendance de fond ?

Cet article s’inspire de recherches personnelles et de conférences auxquelles j’ai participé :  The WBS PayTech 2016 à Londres en février dernier et la Conférence Blockchain organisée par Digital Business News et Orange en mars dernier à Paris.

La Blockchain est une base de données publique (cf typologie), sécurisée, distribuée entre ses utilisateurs (aucun opérateur ne détient plus de 50% de la puissance de calcul de la chaîne), sans intermédiaires ni organe central de contrôle.

Cette technologie propose une nouvelle manière de communiquer des informations et de sécuriser des transactions quelle que soit leur nature (contrats, transactions financières et monétaires, titres de propriété, diplômes, dossiers médicaux …), en optimisant la traçabilité des échanges et en les décentralisant. Cette technologie innovante favorise le développement de coopérations et d’unesprit de communauté, de plus en plus recherché par les utilisateurs.

La Blockchain contient l’ensemble des échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Ce registre est mis à jour en temps réel par chaque utilisateur et stocké sur leurs propres serveurs.

 

Typologie de la Blockchain

On recense trois types de Blockchain: public, semi-privé, et privé. L’anonymat des données et des utilisateurs varie en fonction de cette typologie. Les usages de la Blockchain sont fortement liés au degré d’anonymat fourni par chaque type ; dans le secteur des services financiers, par exemple, les acteurs préfèreront une Blockchain conservant l’identité des utilisateurs secrète.

  • La Blockchain publique comme son nom l’indique, est ouverte à tous, en termes d’utilisation, de lecture, de réalisation de transactions et de participation au processus de création du consensus validant ces transactions. Toutes les classes d’actifs sont sur le même registre, facilitant et réduisant ainsi le temps de latence des transactions. Ces Blockchains sont sécurisées par les cryptoeconomics : le degré d’influence dans le processus de consensus est proportionnel à la quantité de ressources économiques apportée. Dans une Blockchain publique, « le code est la loi ».
  • La Blockchain semi-privée : Le processus de consensus est contrôlé par un ensemble de nœuds présélectionnés. Chaque nœud se compose de mineurs, serveurs et ordinateurs, soit la puissance de calcul. L’exemple illustrant le mieux la Blockchain semi-privée est celui d’une association d’institutions financières. Chacune d’entre elles opère un nœud. Tous ces nœuds sont nécessaires à la validation d’un bloc. Les permissions de lecture de la blockchain peuvent être publiques ou restreintes. Le consortium R3 regroupant 42 institutions financière dans le monde entier est actuellement en train de travailler sur cette possibilité.
  • La Blockchain privée est principalement une Blockchain interne à une organisation. Un nombre limité et prédéfini d’utilisateurs peut participer au processus de création du consensus. Les permissions de lecture peuvent être publiques ou restreintes de façon arbitraire. Certaines Blockchain privées utilisent le principe de cooptation pour donner accès à de nouveaux utilisateurs. Au sein de ces Blockchains, le niveau d’anonymat des utilisateurs est le plus haut.

 

Les atouts de la Blockchain

  • Une sécurité des données et des transactions renforcée :
    • Un registre décentralisé, dont les transactions sont validées par une communauté et des Tiers de confiance indépendants.
    • Une traçabilité des données accrue favorisant le respect des règlementations de chaque secteur et la transparence des échanges (anti-blanchiment, processus  «  Know Your Customer »…).

 

  • Une forte désintermédiation qui :
    • Favorise l’intégration financière, notamment dans les économies émergentes. La Blockchain offre de nouvelles manières de valider l’identité d’une personne, facilitant ainsi l’ouverture d’un compte bancaire ou l’accès au prêt (contrairement aux processus plus traditionnels des institutions financières). La technologie Blockchain participe ainsi à la démocratisation des services financiers
    • Améliore la comptabilité des entreprises grâce à un registre de transaction partagé, vérifié par la communauté des mineurs et ce, presqu’en temps réel.
    • Réduit les coûts de transaction et de gestion (contrats, virements, diplômes, dossiers médicaux, permis de conduire …) Dans le secteur financier, la Blockchain offre aux institutions financières une gestion plus flexible de leurs réserves. En effet, cette technologie permet de réduire le temps de gestion des litiges grâce à des notifications immédiates, diminuant ainsi la quantité de réserves que ces dernières doivent conserver pour la gestion du risque. Ces ressources peuvent alors être allouées à leurs besoins en capitaux par exemple.

 

 

Cas d’usage de la Blockchain :

  • Gestion de cadastres : L’ONG Bitland a lancé un projet de cadastre numérique à Kumasi au Ghana en 2015 appelé « Real Estate Land Title Registration ». Ce projet se base sur la technologie Bitcoin Blockchain pour la gestion et le transfert des titres de propriétés et des cadastres. En utilisant simplement les coordonnées GPS de la propriété et en les téléchargeant sur les serveurs, on peut générer un titre de propriété dans la Blockchain. Le projet est encore en phase pilote actuellement.

 

  • Gestion de dossiers médicaux : En Estonie, l’entreprise de Blockchain Guardtime et la eHealth Foundation ont annoncé la création d’un partenariat en mars 2016, avec le déploiement d’un système basé sur la Blockchain pour sécuriser plus d’un million de dossiers médicaux. La Keyless Signature Infrastructure (KSI) de Guardtime s’intègrera à la base de données Oracle de la fondation permettant ainsi un suivi en temps réel du statut des dossiers de patients. La KSI est une Blockchain sans registre. En effet, lorsqu’un changement est apporté au dossier médical, une nouvelle signature (ou « hash ») est générée et stockée dans la Blockchain de Guardtime. Le contenu du dossier médical quant à lui ne l’est pas.

 

  • Faciliter l’investissement des PME et des particuliers : Le 31 mars 2016, le gouvernement français a annoncé le lancement d’un pilote afin d’expérimenter l’utilisation financière de la Blockchain. L’objectif est de diversifier les solutions de prêt en adaptant la législation pour mettre la Blockchain au service des « mini bonds ». Cela permettrait aux grands comptes d’investir dans des plateformes de financement participatif pour financer les plus petites entreprises.

 

  • Des usages internes pour les banques : Certaines banques comme Barclays et UBS sont en train de passer à l’action en termes d’utilisation de la technologie Blockchain. Barclays a sélectionné 3 start-ups spécialisées pour suivre son programme d’accélération à Londres : utiliser la Blockchain pour résoudre les problèmes d’authentification des personnes lors de transactions électroniques, tracer toutes sortes de biens. UBS, quant à elle, s’oriente vers l’utilisation de cette technologie pour faciliter et réduire les délais des transactions internationales. Ses laboratoires d’innovation (Londres, Singapour et Zurich) développent cette technologie pour la rendre plus sûre et efficace.

On notera  que la Banque d’Angleterre a été une des premières banques centrales à se pencher sur le sujet (Février 2015 en travaillant sur des systèmes hybrides utilisant la technologie Blockchain.

 

  • Le vote électronique via la technologie Blockchain : De nombreuses initiatives sont en train de voir le jour comme FollowMyVote (Etats-Unis), PublicVote et V-initiatives (Australie), DemocracyOS (Argentine et France). La plus concrète d’entre elles se trouve à Tallinn en Estonie où, fin 2016, les actionnaires de la bourse estonienne pourront voter en ligne via leur e-Residency et donc participer aux assemblées générales.

En effet, la Blockchain est très intéressante dans le processus de vote puisqu’elle permet de réduire le taux d’abstention (pas de déplacement physique nécessaire), d’augmenter la sécurité en décentralisant le stockage des votes et la confidentialité grâce aux clés des utilisateurs (une clé publique pour identifier l’utilisateur sur les listes électorales, une clé privée pour voter en toute sécurité).

 

Les limites de la Blockchain

Selon Gilles Babinet, (Digital Champion France à la Commission Européenne et fondateur de Captain Dash et de eYeka) les enjeux soulevés par la technologie Blockchain sont les suivants :

  • Un enjeu écologique : La Blockchain nécessite une forte consommation d’énergie pour faire tourner les ordinateurs et les serveurs des mineurs.

 

  • Un enjeu de masse : Les chiffres relatifs au nombre de blocs validés et de transactions effectuées par seconde ne sont pas disponibles en temps réel. Cela complique l’utilisation de masse de la Blockchain.

 

  • Un enjeu de gouvernance : Cet enjeu est relatif au processus de création de consensus pour valider les blocs qui dépend du type de Blockchain (publique, semi-privée ou privée) et de la question de l’anonymat des utilisateurs ainsi que des normes réglementaires à respecter (anti-blanchiment, KYC …). Une banque privée aux nombreux clients « high profile » préfèrera se tourner vers une Blockchain semi-privée ou privée afin de conserver l’anonymat de ses clients. De manière générale, les institutions financières se tournent principalement vers ces deux types de Blockchain.

 

Le fonctionnement de la technologie Blockchain :

Chaque donnée est anonymisée grâce à la création d’une signature appelée « hash ».  Un « hash » est généré par un calcul mathématique spécifique et à sens unique : il crypte la donnée mais ne peut pas la décrypter. SHA 256 est un exemple de « hash » fortement utilisé.

Un « hash » doit obligatoirement commencer par un certain nombre de 0. Ce nombre varie en fonction de la quantité de puissance de calcul sur le réseau.

Tous les échanges des utilisateurs sont validés par une communauté de mineurs (entités dont la fonction est d’alimenter le réseau en puissance de calcul) via un processus de Proof of Work ou  par un consensus (accord entre la majorité des systèmes de software qualifiés).

Le Proof of Work est une équation composée :

  • Du « hash » du bloc en question
  • Du nombre qui représente la liste des signatures des transactions de ce même bloc
  • Du nonce (une valeur aléatoire).

Les mineurs doivent trouver la valeur du nonce de manière à ce que le « hash » soit un nombre qui commence par une série de zéro. Plus la quantité de puissance de calcul du réseau est élevée, plus le nombre de zéro est important.  Le mineur qui trouve cette valeur, valide le bloc et accède aux 25 Bitcoins (sa rémunération).

Les mineurs sont rémunérés de deux façons : au nombre de blocs validés et aux commissions attachées à chaque transaction (environ 0,0001 BTC/ 1000 bytes – taille de transaction)

 

Conclusion

La tendance qui a le plus retenu mon attention quant aux usages de la Blockchain, est l’optimisation du processus KYC (Know Your Customer) dans le secteur des services financiers. La Blockchain est très (trop ?) souvent assimilée au Bitcoin, et donc aux transactions monétaires et financières. Il est indispensable de ne pas s’enfermer dans le Bitcoin pour identifier les usages de la Blockchain dans ce secteur. C’est dans cette optique que la Fintech Tradle (représentée par son CEO et co-founder Gene Vayngrib lors de la conférence WBS PayTech en février) s’est créée. Cette dernière part du constat suivant : les institutions financières investissent énormément dans le juridique et la conformité (MiFID, DSP2…). Leur solution permet d’optimiser ces coûts. L’application de Tradle, Trust in Motion (TiM) met en relation une institution financière avec son client ou prospect afin de valider rapidement et de manière sécurisée son identité et ainsi effectuer son onboarding. Pour Gene Vayngrib, « Tradle est l’instagram du KYC ». Le client/prospect envoie les photos des pièces d’identité nécessaires qui sont ensuite validées par la banque, signées électroniquement et stockées de manière confidentielle dans la Blockchain. Cette identité digitale peut être mise à jour et revalidée automatiquement en toute sécurité.

Il est indéniable que la technologie Blockchain est une des tendances phares de l’année 2016. Cette technologie promet de démocratiser la transmission et le stockage d’informations et d’actifs sous toutes leurs formes à travers un archivage anonyme, difficilement falsifiable et jusque-là inaliénable.

Toutefois, il est primordial d’avancer prudemment et d’identifier précisément les usages que les acteurs de chaque secteur peuvent en faire ainsi que la valeur ajoutée que cette technologie, encore balbutiante, peut leur apporter. En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2015, les transactions par Bitcoin représentent toujours un chiffre infime comparé aux transactions par carte bancaire : 7 transactions Bitcoin par seconde dans le monde contre par exemple 185 transactions en carte bleue par seconde en France.

 

La Blockchain en quelques chiffres

  • La taille de la Blockchain aujourdhui (avril 2016) est de 63GB en augmentation
  • Un bloc se compose de 1000 à 1700 transactions
  • Un maximum de 7 transactions à la seconde est effectué
  • Un bloc est confirmé toutes les 10 minutes environ
  • Un « hash » (signature) peut varier de 0 ou 1 à 1 suivi de 77 zéros
  • La rémunération des mineurs : 50 bitcoins (BTC) par bloc, puis 25 BTC après 210 000 blocs. 25 BTC équivaut à environ 10 500 USD

 

Article écrit par Sixtine Bouchaud
Twelve Consulting
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