Les Fintech européennes : 2017, l’année de la consolidation ?

Les Fintech européennes : 2017, l’année de la consolidation ?

Les Fintech européennes : 2017, l’année de la consolidation ?

Les Fintech européennes : 2017, l’année de la consolidation ? 1024 512 Twelve Consulting

Depuis cinq ans nous assistons à un véritable boom de la fintech en Europe. Lydia, Leetchi, Le Pot Commun, PayTop, TransferWise, Advize, Fundshop, Marie Quantier, Yomoni, Fluo, Atom Bank, Monzo, N26, Revolut, Bankin, Linxo… Ces sociétés technologiques spécialisées dans l’innovation financière ont pour objectif de bousculer les modèles des banques traditionnelles. Qu’elles proposent de nouveaux services ou de repenser l’expérience client des établissements classiques, ces acteurs du changement ont pour ambition de transformer la façon dont les clients consomment les services bancaires. Aussi bien sources d’opportunités que de menaces pour les banques, les pépites de la fintech accélèrent l’évolution de nos usages. Focus sur deux types d’acteurs clés dont nous allons à coup sûr entendre parler en 2017 : les agrégateurs de comptes et les banques mobiles.

 

LES AGRÉGATEURS DE COMPTES : DES INTERMEDIAIRES CLÉS

Les agrégateurs de comptes sont des types de fintechs particulièrement intéressants. Ils se présentent comme des intermédiaires qui donnent au client une vision exhaustive de ses finances en agrégeant leurs comptes bancaires et reconstituant l’historique et la catégorisation des dépenses. Ces outils déjà très utilisés aujourd’hui – le français Bankin’ revendique déjà plus d’un million et demi d’utilisateurs – vont devenir encore plus intéressants en 2018. La deuxième directive européenne des services de paiement (DSP2) censée être transposée dans le droit français à partir du 1er janvier 2018 devrait leur permettre de faire des transactions sans pour autant être des banques. Les agrégateurs comme Bankin’ pourront alors demander un agrément à l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), afin d’opérer eux-mêmes des transactions entre les comptes des clients.

Nous pouvons donc raisonnablement imaginer que courant 2018, les agrégateurs s’enrichiront de nouvelles fonctionnalités et permettront de comparer encore plus facilement les offres bancaires, de changer aisément de banque (loi Macron) pour profiter de meilleures offres, de trouver un crédit, de préparer des projets, et de proposer des solutions adaptées à notre contexte. L’entrée en vigueur de la DSP2 va réduire les barrières à l’entrée en permettant à de nouveaux acteurs d’exercer une partie du métier bancaire sans pour autant nécessiter l’obtention d’une licence bancaire. Par exemple, des solutions d’épargne et placements financiers seront suggérés à l’utilisateur si une somme importante est détectée sur le compte courant. L’appli servira de conseiller financier et pourra coacher l’utilisateur de la manière la plus adaptée en mettant en lien ses objectifs et son historique. La gestion de l’épargne constitue ainsi une formidable opportunité pour les agrégateurs.

Pour ces raisons, les banques surveillent de près les agrégateurs, mais elles ne sont pas les seules. Les assureurs sont eux aussi intéressés, mais pour des raisons différentes. L’hyperconnectivité des utilisateurs permet de mieux mesurer les risques et de les prévenir. Avoir accès à l’historique des finances d’un client révèle qui il est, ce qu’il consomme, peut permettre de mesurer, comparer, et peut-être de concrétiser des opportunités en le conseillant. Depuis l’été 2016, l’agrégateur Linxo fournit sa plateforme en marque blanche à la MAIF et l’assureur a clairement exprimé sa volonté de s’appuyer sur cette connaissance client afin de proposer des produits adaptés et complémentaires des services bancaires classiques.

 

LES BANQUES MOBILES : DES BANQUES LOW-COST ET DYNAMIQUES

L’Internet mobile a permis le développement de nouveaux usages, et particulièrement dans le milieu bancaire. Les banques traditionnelles ont ouvert des banques en ligne (comme Société Générale avec Boursorama, BNP avec Hello Bank ou le Crédit Agricole avec BforBank) proposant de gérer ses comptes depuis son smartphone et généralement low-cost. Il n’y a plus à se déplacer en agence, l’ouverture de compte est simplifiée et les frais bancaires sont généralement plus faibles que dans une banque classique. Le client évolue de manière autonome. Comme le souligne le slogan de BforBank : « mon banquier c’est moi ». Ces banques en ligne se sont particulièrement développées ces dernières années et mènent une guerre des prix. Nous pensons particulièrement à Boursorama et ING qui trônent régulièrement en tête des classements des banques en ligne les moins chères. Ces banques sont cependant dans la ligne de mire de nouveaux entrants : les banques mobiles. C’est-à-dire les banques dites « mobile-first » qui ont intégré au coeur de leur ADN le mobile, de sorte que le client peut accéder à l’ensemble de ses services depuis son smartphone. Un concept qui plait particulièrement aux jeunes actifs urbains et aux voyageurs réguliers.

Parmi ces nouvelles banques, la berlinoise Number 26 est sans doute l’une des plus emblématiques et ambitieuses. Son objectif est que le client puisse gérer l’ensemble de ses finances depuis son smartphone. N26 a su convaincre des angel investors clés dont Peter Thiel. La banque entend se développer dans toute l’Europe et a pour ce faire de nombreux atouts. L’ouverture de compte se fait en moins de 10 minutes par un entretien vidéo avec un agent. Il n’y a pas d’agence physique, toute l’administration du compte se fait via le mobile. Les opérations sont effectuées en temps réel et classées dans l’application. Si le client se fait voler sa carte il peut la bloquer immédiatement. Il est également possible d’envoyer de l’argent à des proches par SMS ou email, sans passer par une banque tierce. Number 26 intègre directement TransferWise. Les virements internationaux et retraits depuis des distributeurs à l’étranger se font à des prix compétitifs. Les tarifs vont de 0€/mois pour une Mastercard standard à 5,90€ mois pour une carte Mastercard Black qui intègre de nombreuses assurances et protections (vol de mobile, accidents à l’étranger, extensions de garantie, etc.). Number 26 a également lancé en Allemagne un service appelé Invest et qui propose un compte épargne avec des placements automatiquement gérés en fonction du profil de l’investisseur. N26 compte intégrer davantage d’intelligence artificielle dans ses futurs services afin de rendre l’expérience client encore plus fluide. Il suffit de naviguer dans l’appli N26 quelques minutes pour comprendre que l’interface utilisateur est l’un des atouts majeurs de l’expérience client. N26 n’est pas la seule banque « mobile first », mais elle en représente la forme la plus aboutie à l’heure actuelle. Attention cependant, le dynamisme des jeunes fintechs peut être source de divers soucis, par exemple la viabilité du modèle économique (par exemple Morning) ou des failles de sécurité (N26 dont un chercheur a réussi à pirater l’un des comptes).

 

2017, VERS UN RESSERREMENT DU MARCHÉ ?

A l’image d’AirBnB et Booking pour les secteurs du tourisme, les fintechs de type agrégateurs et banques mobiles pourraient représenter un danger pour les banques classiques, en menaçant de leur faire perdre la maîtrise de la relation avec leurs clients. D’une part, les banques ont bien compris qu’il leur faut composer entre compétition et coopération sous peine de subir le changement. Et d’autre part, les fintech ont elles aussi besoin des banques traditionnelles qui apportent une marque et une relation incarnées par un banquier. Plusieurs banques ont déjà stratégiquement racheté des startups de la fintech comme Crédit mutuel Arkéa (Prêt d’union, Lino, Leetchi, Yomoni), Banque Populaire Casse d’épargne (Le Pot Commun) ou encore Société Générale (Fiduceo) pour ne citer que quelques exemples. Les acquisitions ne sont cependant pas l’unique possibilité. Nous voyons aussi des partenariats se former. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de développer ce point dans un prochain article.

Les rachats et partenariats stratégiques de ce type vont nécessairement s’intensifier car la multiplication des acteurs n’est pas pérenne. Certains observateurs craignent d’ailleurs la formation d’une bulle comme celle de l’Internet en 1999. Il n’y aura pas de place pour tous les nouveaux entrants, et certains sont en meilleure position que d’autres. Au début des années 2000, Axa et Groupama avaient fait l’effort d’obtenir une licence bancaire pour lancer leurs offres mais elles n’ont pas rencontré le succès escompté. L’offre Soon d’Axa banque, destinée aux jeunes, ne revendique que 15 000 clients. Groupama Banque vient de son côté, d’être rachetée par Orange qui travaille activement au lancement de sa propre banque mobile, Orange Bank, a priori en avril 2017. Orange a réussi à obtenir une licence bancaire suite au rachat à 65% de Groupama Banque et semble entretenir de fortes ambitions et son arrivée sur le marché pourrait accélérer le phénomène de resserrement du marché autour de quelques acteurs clés. C’est un pari de diversification pour l’opérateur télécom dont l’objectif est d’avoir 2 millions de clients d’ici 10 ans, soit autant que Boursorama espère en avoir d’ici 2020. Les services bancaires proposés par Orange iront de l’ouverture de comptes aux produits d’épargne, en passant par les crédits à la consommation et crédits immobiliers. 100% des services bancaires seront accessibles sur le mobile mais Orange compte cependant s’appuyer sur un modèle hybride en utilisant 140 de ses boutiques et 3000 agences Groupama comme des leviers de conversion et points d’information. Orange compte mettre en avant son expertise numérique et sa maîtrise de la relation client afin d’attirer le plus grand nombre. 2017 s’annonce donc comme une année dense pour les fintechs et particulièrement excitante pour les clients qui pourront profiter d’outils plus pratiques, conçus pour répondre à leurs besoins et mieux gérer leurs finances.

 

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